Comme un collabo
La Presse
Forum, dimanche, 17 avril 2005, p. A14
Éditoriaux
Comme un collabo
Gagnon, Katia
Il y avait quelque chose de révoltant dans ces images. Le président de la Fédération étudiante universitaire, Pier-André Bouchard, venu manifester devant le bureau du premier ministre Charest, harcelé physiquement par d'autres protestataires. On l'a chahuté fort, on lui a crié des injures, on lui a lancé de la boue. Les policiers ont dû le sortir de ce mauvais pas. Ces gestes, venant de qui que ce soit, sont inexcusables.
Ces manifestants agressifs étaient-ils issus de la CASSÉE? C'est une possibilité: rappelons-nous qu'à l'issue de la grève étudiante, quelques membres de cette aile radicale du mouvement étudiant s'étaient introduit à la FEUQ pour saccager les locaux. Au début du mouvement de grève, certains d'entre eux avaient semé le désordre dans le bureau de comté du ministre de l'Éducation. Et ils s'étonnent ensuite d'être exclus des négociations avec le gouvernement!
Ces étudiants reprochent au gouvernement Charest son intransigeance.
Or ils affichent exactement la même, mais à l'envers. Qu'aurait-il fallu pour que la CASSÉE soit satisfaite de l'entente avec le gouvernement? La gratuité totale à l'université! À l'inverse de cette attitude dogmatique, la FEUQ a adopté une position ferme, mais pragmatique. Les résultats sont là: sauf pour l'an prochain, les étudiants ont récupéré la totalité des 103 millions coupés. Et il n'a jamais été question de toucher au gel des droits de scolarité. Pier-André Bouchard est donc loin, très loin, de s'être écrasé devant le gouvernement. Et quand bien même cela aurait été le cas, cela donne-t-il le droit aux mécontents de le traiter comme un collabo?
Dans une société démocratique, les opinions les plus diverses doivent pouvoir s'exprimer dans le calme. Même les Loco Locass, qu'on ne peut pas soupçonner de collusion avec les forces obscures du néolibéralisme, avaient lancé, lors de leur spectacle devant une foule étudiante, qu'il importait de gagner la bataille de l'opinion publique. " Vous êtes cassés, mais pas des casseurs ", avait lancé le chanteur. L'accueil de la foule avait été, disons, mitigé. Manifestement, le message n'a pas passé.